Et si la prochaine chaise de votre salon sortait… de votre bac à cartons ? Oui, oui, une vraie chaise, sur laquelle on peut s’asseoir sans appréhension, qui ne s’écroule pas au premier mouvement, et qui en plus est écoresponsable. C’est possible, à condition d’être un peu rigoureux sur la méthode.
Dans cet article, je vous propose un guide pas à pas pour construire une chaise en carton solide, esthétique et durable. On va parler types de carton, renforts malins, astuces anti-effondrement et petites finitions déco qui changent tout.
Pourquoi fabriquer une chaise en carton ?
Avant de sortir le cutter, posons le décor : pourquoi se lancer dans une chaise en carton plutôt que d’en acheter une en magasin ?
Quelques bonnes raisons :
- C’est écoresponsable : on réutilise du carton destiné au recyclage ou à la poubelle. Moins de déchets, moins d’achats neufs.
- C’est économique : du carton récupéré, de la colle, un peu de peinture… et vous avez une chaise pour quelques euros.
- C’est surprenamment solide : bien construit, le carton tient très bien les charges (on parle de plusieurs dizaines de kilos).
- C’est personnalisable : formes, couleurs, motifs… votre chaise ne ressemblera à aucune autre.
- C’est parfait pour apprendre : si vous débutez en DIY ou que vous cherchez un projet avec les enfants (sous surveillance), c’est une excellente initiation.
Et puis, avouons-le : dire “Tu vois cette chaise ? Je l’ai faite avec des cartons de livraison” a un petit côté satisfaisant, non ?
Quel carton choisir pour une chaise vraiment solide ?
Le secret d’une chaise en carton qui tient dans le temps, c’est d’abord… le carton. Tous ne se valent pas.
Voici ce qu’il faut privilégier :
- Carton double ou triple cannelure : c’est le carton épais et rigide utilisé pour les déménagements ou les gros colis. Idéal pour la structure.
- Cartons en bon état : évitez ceux qui sont gondolés, humidifiés, déchirés ou trop écrasés. La solidité dépend directement de leur intégrité.
- Grandes plaques : plus simple pour découper des pièces entières (assise, dossier) sans avoir à faire des raccords fragiles.
Où en trouver ?
- Supermarchés (demandez au rayon boissons, ils ont souvent des cartons très costauds)
- Magasins d’électroménager ou de meubles
- Vos propres cartons de déménagement ou de commandes en ligne
Astuce : regardez le sens des cannelures du carton (les petites « vagues » à l’intérieur). Elles influencent directement la résistance. On en reparle juste après.
Matériel nécessaire pour votre chaise en carton
Bonne nouvelle : pas besoin d’atelier équipé comme un pro. Voici ce qu’il vous faut :
- Carton épais (double ou triple cannelure) en quantité suffisante
- Cutter bien affûté + lames de rechange
- Planche de coupe ou carton sacrifié pour protéger la table
- Règle métallique (évitez le plastique, vite entaillé)
- Crayon ou feutre pour tracer
- Colle à bois ou colle vinylique forte (type colle blanche) en quantité généreuse
- Pinceaux pour étaler la colle
- Ruban kraft gommé ou ruban adhésif en papier pour renforcer les jonctions
- Peinture acrylique ou gouache épaisse pour la finition
- Vernis (idéalement acrylique) ou vitrificateur si vous voulez une chaise plus résistante à l’eau
Optionnel mais pratique :
- Équerre de menuisier pour vérifier les angles droits
- Élastiques larges ou serre-joints pour maintenir pendant le séchage
- Papier kraft ou papier décoratif pour le revêtement
Comprendre la structure : comment une chaise en carton tient-elle ?
Avant de découper, un petit point “architecture” version carton. Une chaise, c’est :
- Une assise qui supporte le poids
- Des pieds ou flancs qui transmettent ce poids au sol
- Souvent un dossier, pour le confort et la stabilité
En carton, on va surtout jouer sur deux choses :
- Le sens des cannelures : les vagues à l’intérieur du carton. Elles sont beaucoup plus résistantes dans un sens que dans l’autre. Pour les parties qui portent le poids (assise, montants), on met les cannelures perpendiculaires au sol.
- Les renforts intérieurs : au lieu d’une seule plaque d’assise, on va créer une structure interne avec des cloisons verticales. C’est ça qui évite l’effet “hamac qui s’effondre”.
Imaginez une petite armature intérieure, comme dans un avion en bois balsa : légère, mais très bien pensée.
Créer le gabarit : dimensions de base
Vous pouvez adapter les mesures selon votre taille, mais voici une base confortable pour un adulte :
- Hauteur de l’assise : environ 43–45 cm
- Largeur de l’assise : 40–45 cm
- Profondeur de l’assise : 38–42 cm
- Hauteur totale avec dossier : 80–90 cm
Cette chaise aura une forme simple, type “bloc” avec dossier :
- Deux flancs latéraux (qui font pieds + côtés + dossier)
- Une assise
- Des renforts intérieurs sous l’assise
- Éventuellement une plaque arrière pour rigidifier le dossier
Commencez par dessiner votre profil de chaise sur un carton : vu de côté, comme un L avec un dossier. N’oubliez pas que les deux côtés doivent être strictement identiques, sinon la chaise va boiter.
Étape 1 : découper les côtés de la chaise
Sur une grande plaque de carton, dessinez le profil d’un côté de chaise :
- Tracez d’abord un grand rectangle qui correspond à : hauteur totale (dossier + assise) x profondeur (du dossier au bord de l’assise).
- À l’intérieur, dessinez la forme du pied, de l’assise et du dossier. Vous pouvez faire quelque chose de très droit, ou ajouter une légère courbe pour le dossier.
Quelques repères (adaptables) :
- Hauteur de siège : 44 cm depuis le sol
- Profondeur d’assise : 40 cm
- Hauteur totale dossier : 85 cm
Une fois satisfait de la forme :
- Découpez soigneusement le premier côté au cutter, en suivant la règle pour les lignes droites.
- Posez-le ensuite sur une autre plaque de carton, tracez le contour, et découpez le deuxième côté.
Astuce : vérifiez que les deux côtés se superposent parfaitement. Si ce n’est pas le cas, égalisez avec un cutter.
Étape 2 : fabriquer l’assise renforcée
L’assise est la pièce qui va supporter le poids, donc on ne la bâcle pas.
1. Découpe de la plaque d’assise
Découpez une plaque rectangulaire correspondant à la largeur de la chaise (distance entre les deux côtés) et à la profondeur de l’assise.
Par exemple :
- Largeur : 40 cm
- Profondeur : 40 cm
Prévoyez 2 à 3 plaques identiques pour plus de rigidité, que vous collerez ensemble. Veillez à alterner le sens des cannelures d’une couche à l’autre : cela limite les points faibles.
2. Création des renforts intérieurs
C’est ici que tout se joue. Sous l’assise, on va créer une “forêt” de cloisons verticales.
- Découpez des bandes de carton de la même profondeur que l’assise et d’une hauteur d’environ 10–12 cm.
- Placez ces bandes debout, cannelures verticales, espacées tous les 5–7 cm.
- Ajoutez éventuellement des bandes perpendiculaires pour créer un quadrillage intérieur.
Collez ces bandes directement sous la plaque d’assise, puis ajoutez une seconde plaque d’assise en sandwich. Vous obtenez ainsi un “panneau alvéolaire” très résistant.
Laissez bien sécher avant de manipuler.
Étape 3 : assembler l’assise et les côtés
Une fois l’assise bien sèche et rigide, on passe au montage avec les côtés de la chaise.
1. Marquage sur les côtés
Sur chaque côté, tracez une ligne horizontale à l’endroit où l’assise doit venir s’encastrer (à environ 44 cm du sol). Cette ligne doit être parfaitement horizontale des deux côtés.
2. Fixation de l’assise
Deux méthodes possibles :
- Encastrée : vous découpez une “encoche” dans chaque côté pour venir y insérer l’assise. C’est plus technique, mais très solide.
- Collée en appui : vous collez l’assise sur un rebord intérieur créé par des petites cales en carton fixées aux côtés.
Méthode simple avec cales :
- Découpez des petites bandes de carton (5 cm de hauteur, longueur adaptée à l’intérieur des côtés).
- Collez ces bandes à l’intérieur de chaque côté, à la hauteur de l’assise, pour créer une sorte de « lèvre » sur laquelle l’assise viendra reposer.
- Enduisez généreusement cette lèvre de colle, puis posez l’assise.
- Maintenez en place avec des poids (livres, boîtes) pendant le séchage.
Pendant cette phase, vérifiez régulièrement que tout reste bien d’équerre : pas de torsion, pas de bascule.
Étape 4 : renforcer le dossier et la base
Une chaise qui grince ou qui tangue, ce n’est pas très rassurant. On va donc consolider deux zones clés : le dossier et la base.
1. Renforcer le dossier
- Découpez une grande plaque de carton de la largeur de la chaise et de la hauteur du dossier.
- Collez cette plaque à l’arrière de la chaise, entre les deux côtés, comme une “peau” arrière.
- Ajoutez éventuellement une seconde couche en croisant le sens des cannelures.
Vous pouvez aussi coller à l’intérieur du dossier une ou deux bandes verticales de renfort, cannelures verticales, comme des montants.
2. Stabiliser la base
- Ajoutez une traverse à l’avant (une bande de carton collée entre les deux côtés, près du sol).
- Vous pouvez en ajouter une à l’arrière également, pour éviter que la chaise ne s’écarte sous le poids.
Ces traverses jouent le rôle d’anti-déformation : elles empêchent les côtés de se tordre ou de s’écarter.
Étape 5 : soigner les finitions et la protection
La structure est là, la chaise tient debout. On passe à la partie visuelle… et durable.
1. Lisser les arêtes
- Collez du ruban kraft gommé sur toutes les arêtes visibles : bords de l’assise, du dossier, des côtés.
- Ce ruban permet de lisser, de cacher les cannelures visibles et de renforcer les angles.
Si vous n’avez pas de kraft gommé, du masking tape peut faire l’affaire, mais le kraft est plus propre à peindre.
2. Habiller la chaise
Plusieurs options :
- Peinture acrylique : simple, rapide. Commencez par une couche de gesso ou de peinture blanche pour uniformiser, puis vos couleurs finales.
- Collage de papier : papier kraft, pages de livres, cartes routières, papier japonais… À coller à la colle blanche diluée, façon vernis-colle.
- Effet bois : en utilisant des peintures dans les tons bruns et un pinceau brosse, vous pouvez imiter un veinage.
Amusez-vous avec les motifs : une assise à pois, un dossier rayé, des côtés unis… Tout est possible.
3. Protection finale
Pour améliorer la durée de vie de votre chaise :
- Appliquez une couche (voire deux) de vernis acrylique ou de vitrificateur compatible avec le carton.
- Insistez sur l’assise et les arêtes, plus exposées aux frottements.
Attention : même protégée, une chaise en carton reste ennemie de l’eau stagnante. On évite donc les sols détrempés, la terrasse sous la pluie et les verres renversés non épongés.
Tester la solidité en toute sécurité
Avant d’inviter quelqu’un à s’asseoir fièrement sur votre création, on fait un test en douceur.
- Commencez par appuyer avec vos mains sur l’assise : est-ce que ça s’enfonce ? est-ce que ça craque ?
- Asseyez-vous lentement, sans à-coups, en gardant les pieds bien à plat pour pouvoir vous relever vite si besoin.
- Balancez légèrement votre poids vers l’avant et l’arrière pour vérifier la stabilité.
Si vous sentez un point faible :
- Repérez la zone qui plie : souvent sous l’assise ou vers le dossier.
- Ajoutez un renfort intérieur (bande verticale) ou une deuxième couche de carton à l’extérieur.
- Laissez bien sécher avant de retester.
Une fois que vous pouvez vous asseoir sans entendre de craquement inquiétant ni sentir de mouvement anormal, votre chaise est prête pour le quotidien.
Idées de variantes et personnalisations
Quand on a compris la logique de base, on peut s’amuser avec les formes et les usages.
Version enfant
- Réduisez toutes les dimensions (hauteur d’assise autour de 28–32 cm).
- Ajoutez éventuellement une découpe de poignée dans le dossier pour que l’enfant puisse la déplacer lui-même.
- Décorez avec ses couleurs ou personnages préférés (en restant sobre sur les licences officielles si vous comptez partager des photos).
Version tabouret
- Supprimez le dossier et concentrez-vous sur un cube ou un rectangle stable.
- Idéal pour une coiffeuse, un bureau d’appoint ou un coin lecture.
Version “fauteuil cosy”
- Créez des côtés plus larges, qui font accoudoirs.
- Ajoutez un dossier un peu incliné vers l’arrière pour plus de confort.
- Posez un coussin d’assise et un plaid pour un rendu très chaleureux.
Version graphique
- Peignez chaque face dans une couleur différente.
- Ajoutez des formes géométriques au masking tape.
- Utilisez des pochoirs pour écrire un mot au dos du dossier : “PAUSE”, “READ”, “RÊVER”…
Quelques erreurs fréquentes à éviter
Histoire de vous épargner quelques sueurs froides, voici ce qui fait souvent rater une chaise en carton.
- Choisir du carton trop fin : si vous pouvez le plier facilement à la main, c’est insuffisant pour la structure principale.
- Ignorer le sens des cannelures : une assise avec les cannelures parallèles au sol pliera beaucoup plus vite.
- Manquer de renforts intérieurs : une assise en simple épaisseur, même triple cannelure, va se déformer à l’usage.
- Collage bâclé : si la colle est mise en trop faible quantité, ou pas sur toute la surface, les pièces peuvent se décoller.
- Passer trop vite au test : laissez vraiment le temps au carton et à la colle de sécher, idéalement 12–24 heures pour les gros collages.
Le carton pardonne beaucoup de choses, mais pas la précipitation.
Une chaise en carton, et après ?
Une fois la première chaise réussie, il y a fort à parier que vous regarderez vos vieux cartons d’un autre œil.
Dans la même logique, vous pouvez imaginer :
- Une table basse assortie, avec le même principe de renforts
- Une petite bibliothèque pour les livres légers ou les magazines
- Un banc pour l’entrée, avec espace de rangement en dessous
- Des meubles temporaires pour un déménagement, un studio étudiant ou un coin jeu
Ce type de projet a quelque chose de très gratifiant : on transforme un “déchet” en objet utile, on apprend à réfléchir structure plutôt que simple apparence, et on gagne en confiance pour d’autres bricolages.
Alors, la prochaine fois que vous recevrez un énorme carton et que vous hésiterez entre “poubelle” et “recyclage”, rajoutez une troisième option dans votre tête : “nouvelle chaise”.
